​Les batailles de la culture samedi 14 mai à 22H
Dimanche 15 à 9H

22H : Interview  Yvonne Debeaumarché, Réalisatrice de « Les batailles de la culture »

22H10 : “Les batailles de la culture”

Un film écrit et réalisé par Yvonne Debeaumarché

Une coproduction Leo Vision, Image & Compagnie, l’INA

« Le socialisme est un projet culturel » : la phrase est de François Mitterrand, et ce fut l’une des grandes professions de foi de 1981. L’espoir d’un monde où l’art et la création seraient au cœur du projet politique. Au cours des deux septennats de François Mitterrand, la Culture va ainsi bénéficier d’une place de premier choix, devenir un enjeu de bataille politique, médiatique, esthétique. A la tête du Ministère de la rue de Valois, le jeune et énergique Jack Lang, fidèle parmi les fidèles du Président, acquiert rapidement une grande popularité. Son lien direct à François Mitterrand sera l’une des clefs de l’ambitieuse politique culturelle de l’époque. Doublement du budget du Ministère, loi sur le Prix Unique du livre, soutien à la création sous toutes ses formes, des plus pointues aux plus populaires, reconnaissance de pratiques artistiques jusqu’ici jugées mineures comme la bande-dessinée, le rock ou la mode, politique active de soutien à l’art plastique dans ses formes les plus contemporaines, mise en place de mécanismes de soutien pour le cinéma français, création de la fête de la Musique et, in fine, défense du principe d’une exception culturelle…Le Ministère de la Culture est alors sur tous les fronts, et son aura, indissociable du fameux « style Lang », agace autant qu’elle enthousiasme. Le débat culturel est vif et les échanges musclés. Ainsi que François Mitterrand l’avait souhaité, la culture figure en première ligne de bataille, elle est alors au cœur de la vie politique du pays, comme la pyramide de verre au milieu de la cour carré du Louvre. Pièce maîtresse de la politique culturelle de Mitterrand, les Grands Travaux feront eux aussi couler beaucoup d’encre. Mais qu’importent les critiques circonscrites dans l’instant : François Mitterrand mène un combat pour la postérité, il entend « griffer le temps », tout comme les pharaons qu’il admirait, ou comme De Gaulle qui créa le Ministère de la Culture et veilla à ce que Malraux dispose de temps pour agir : dix années. Autant que Mitterrand en accordera à Jack Lang. 

Grâce à un habile montage d’archives et d’interviews des principaux acteurs politiques, la réalisatrice Yvonne Debeaumarché restitue avec fidélité l’incroyable énergie de cette époque et les combats menés par des hommes et des femmes de passion.  

23H : Débat animé par Nora Hamadi

Jean-Michel Ribes, Auteur, metteur en scène et directeur du Théâtre du Rond-Point 
Sylvie Pflieger, Economiste et maître de conférences à l’Université Paris Descartes 
Christophe Barbier, Directeur de la rédaction de l’Express 

Questions à Yvonne de Debeaumarché

Pourquoi avez-vous eu envie de faire ce film ?

Au départ, il s’agit d’une rencontre avec la productrice Elodie Polo Ackermann et Jack Lang. Nous avons ensemble longuement échangés. Comment aborder les années Mitterrand à propos desquelles tout semblait avoir été dit sans tomber dans le simple catalogue des actions qui ont été alors menées ou dans une nostalgie de bon aloi ? C’était en somme le défi et notre obsession : évoquer ces fameuses “années Lang”, en conter l’histoire en sortant du récit partisan ou nostalgique qui en est fait pour explorer les coulisses, décortiquer les polémiques et les batailles de l’époque, scruter la tension inévitable entre l’idéal et le calcul politique, et in fine s’interroger sur les ressorts d’une action politique concrètement opérante. A une époque, la nôtre, où la politique semble ne plus pouvoir “faire”, où les citoyens croient de moins en moins en sa capacité à agir sur le réel, à le transformer, il nous semblait en effet intéressant de revenir sur la politique culturelle conduite au cours des années Mitterrand  en ce qu’elle a véritablement et durablement modifié, modelé le paysage culturel français. L’historien Pascal Ory en parle comme “d’un grand moment d’utopie qui a laissé des traces concrètes”. Alors comment passe t-on de l’idéal, des mots, de la vision aux actes, aux réformes, au “faire” ? Je n’avais personnellement jamais entrepris de film qui explore le champ du politique et c’est cela qui m’a semblé le plus intéressant à travailler. Qu’est-ce qui fait une “grande” politique, c’est-à-dire une politique qui produit des effets concrets ?  Il a fallu à la fois condenser en 52′ une période d’une rare richesse en termes d’actions et de combats mais aussi prendre de la hauteur par rapport aux polémiques de l’époque dont certaines font sourire avec le recul et d’autres continuent de nourrir les débats. 

Etes-vous nostalgique de ces années 80 ?

J’avais 3 ans quand Mitterrand a été élu Président en 1981 donc si je nourris une nostalgie de ces années-là, c’est avant tout une nostalgie de ce qui constituait le paysage social, politique, médiatique de mon enfance. Mais ça me semble dangereux d’étendre cette nostalgie qui relève de l’intime au champ de l’analyse politique. Le fameux “c’était mieux avant” peut être tentant dans les périodes de transition, de désillusion, de difficultés mais évidemment cela empêche de penser le présent, d’en prendre à bras le corps les enjeux, de relever les défis qu’il nous pose. Ainsi que le dit l’un des intervenants du film, non sans une certaine ironie, “la période Lang est un formidable objet de nostalgie pour le Ministère de la Culture”, nostalgie d’une “époque où “la république était franche et joyeuse, riche aussi” et où la culture était au coeur de la vie politico-médiatique. Aujourd’hui, c’est vrai que la politique culturelle est la grande absente des débats. Ce dont on peut être également nostalgique, c’est le goût des grands desseins que partageaient François Mitterrand et Jack Lang. Mais cette nostalgie entretenue comporte aussi une part de mythe qui sanctifie et fige les actions menées à l’époque quand le monde, lui, bouge. La nostalgie, c’est un bon terreau pour la poésie, pas tellement pour la politique. 

Enfin, paradoxalement, les années 80 sont aussi celles du désenchantement naissant. Jusque là, la Gauche incarnait une utopie “pure” en quelque sorte, utopie que l’exercice du pouvoir a inévitablement corrompue, entachée, c’est le passage de l’idéal au réel, du militantisme au pouvoir. La politique culturelle de l’époque, aussi flamboyante fut-elle, n’a pas été exempte de critiques, de ratés, de calculs. Le contrepoint de la nostalgie des années 80, c’est donc le cynisme, cet autre sentiment dont a hérité la Génération Mitterrand. Ce sont pour moi les deux faces d’une même médaille, deux visions qui entravent l’action au présent. Ni nostalgique, ni cynique, le documentaire essaie d’éviter ces deux écueils je crois, pour restituer les combats de l’époque. 

Que reste t-il selon vous des années Lang et de ces batailles ?

Evidemment, il y a eu l’augmentation du budget de la Culture qui n’a jamais été remise en question depuis et qui a permis de soutenir la création artistique, ses acteurs, ses lieux, ses festivals, également la loi sur le prix unique du livre, le financement partiel du cinéma par la télévision, la création des centres dramatiques et chorégraphiques,une politique ambitieuse de soutien à l’art contemporain (création des FRAC), la création aussi d’écoles d’art, de design…etc, et bien sûr, la fameuse Fête de la Musique, emblème des années Lang, d’un certain esprit de l’époque. Sans oublier les Grands travaux qui ont transformé Paris. 

La question du bilan est difficile, et mériterait un débat nuancé, détaillé, réfléchi qui soit ancré dans le présent. Si on prend l’exemple de la politique du cinéma, d’une rare ambition, elle a incontestablement a sauvé la production française mais par la suite on a aussi critiqué le pouvoir des chaînes de télévision sur la conception des films devenus souvent des téléfilms déguisés. Des effets pervers sont apparus, c’est inévitable, qui ne doivent pas pousser à renier ce qui a été fait mais plutôt à l’adapter, le corriger, le faire évoluer. Certains ont fustigé aussi l’idéologie du “tout-culturel” considéré comme démagogique et allant à l’encontre de l’ambition d’une politique de démocratisation culturelle, ce débat est posé dans le film… 

Les batailles autour du bilan culturel des années Mitterrand/Lang ne manquent pas en vérité, certaines remises en question sont légitimes, d’autres dangereuses je pense. Comme le dit l’historien Pascal Ory, sans les années Lang et les traces qu’elles ont laissées, “notre blues culturel serait bien pire aujourd’hui”…

L’héritage qui me semble le plus important – au-delà des actions spécifiques dans tel ou tel domaine et qui parfois nécessitent des réajustements – c’est cette idée que la culture n’est pas un bien comme les autres, et qu’il est du ressort de l’Etat de la protéger, de la soutenir. C’est l’Exception Culturelle Française dont Jack Lang a contribué à jeter les bases bien que l’expression soit née plus tard, au moment des accords du GATT. Alors on peut discuter des modalités pour ce faire, de la façon dont cela s’articule avec une politique des industries culturelles et passe par elles, on peut débattre des écueils qu’il convient d’éviter (création d’une bureaucratie culturelle d’état, favoritisme dans l’octroi des subventions aux artistes…) mais c’est un héritage, une vision, des dispositifs, qu’il me semble important de continuer à défendre. En période de “crise”, la culture semble toujours un besoin accessoire, c’est une erreur car elle est sans doute ce qui nous définit le mieux en tant que pays à l’étranger, elle est le “soft power” de la France. Cette conviction portée par Lang, je crois qu’il ne faut pas y renoncer. 

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“Samedi soir, Dimanche matin”
Un rendez-vous privilégié composé de deux grands documentaires à 22H et à 23H15, d’un face à face de 22H à 22h10 avec le réalisateur suivi d’un débat animé par Nora Hamadi de 23H à 23H15 autour du premier documentaire.

*Chaque année, Public Sénat achète ou coproduit une soixantaine de documentaires avec un souci de diversité. Une ligne éditoriale audacieuse et exigeante privilégie le documentaire de société, historique, politique, les enquêtes de terrain. Signés par des réalisateurs confirmés ou des nouveaux talents, les documentaires de Public plongent au cœur des enjeux de société en France et à l’étranger.