Les racines du pouvoir
Samedi 3 novembre à 21h

21h : le documentaire

60 ans de Vème République, 8 présidents, un jeu politique bouleversé. L’ancrage local a façonné la vie politique française et l’ascension de nombreux hommes et femmes politiques qui en ont fait leur gage de proximité, d’humanité, et cela qu’il s’agisse de leur région d’origine ou d’un parachutage. Une fois à l’Elysée, ce lien entretenu avec leur ancien fief a influencé l’exercice du pouvoir des présidents. Retour sur une tradition ébranlée par les récents chamboulements de la vie politique.

 
Les racines du pouvoir
Ecrit et réalisé par : Hélène Risser
© Day For Night Productions / France 3 Nouvelle-Aquitane / 52 min / 2018
Rediffusions : dimanche 4 novembre à 10H, samedi 10 novembre à 22H30, dimanche 11 novembre à 11H30, samedi 17 novembre à 23H30, dimanche 18 novembre à 12H30

21h50 : débat animé par Jérôme Chapuis 

Questions à la réalisatrice et journaliste, Hélène Risser

Ce film traite de la place des territoires et de la ruralité dans les représentations politiques.  En tant que journaliste politique experte des questions de communication, quel ancrage politique vous semble-t-il le plus réussi parmi ceux traités dans le film ? (Hollande, Mitterrand, Chirac, etc)?

Je pense que celui de Mitterrand et de Chirac sont particulièrement intéressants parce que dans ces deux cas, l’ancrage local a vraiment façonné leur manière d’exercer le pouvoir une fois à l’Elysée. Et c’est cela qui est intéressant, au-delà de l’exercice de la conquête du pouvoir, c’est la manière dont on l’exerce après. Et notamment pour Mitterrand, on le voit très bien à travers les lois de décentralisation qu’il fait adopter sitôt élu, sitôt arrivé à l’Elysée, on voit bien que c’est son expérience d’élu local qui lui fait prendre conscience de l’intérêt de donner plus de pouvoir aux territoires…

Dans le film, François Bayrou dit “Il est très difficile de faire de la politique sans enracinement” et Bernard Combes (le maire de Tulle) dit “Quand on est Président de la République on ne nous dit plus la vérité”. Alors, selon vous, l’ancrage local, vrai coup de communication ou vrai enracinement ?

Il y a évidemment un facteur « communication », ce n’est pas forcément péjoratif, parce que c’est aussi symbolique, c’est ce qui est d’ailleurs assez bien expliqué par certains intervenants. C’est-à-dire que symboliquement, lorsque l’on a un lien privilégié avec un territoire, on s’intéresse particulièrement aux gens d’un territoire en tant que Président de la République ou Ministre. Et donc symboliquement c’est le signe que l’on s’intéresse à tous les Français. Ça c’est sur l’aspect symbolique. Après c’est sur que le fait de connaître de manière approfondie, d’avoir connu pendant des années la vie quotidienne des gens sur un territoire, ça donne une certaine consistance et c’est ce qu’explique François Bayrou. Et je pense que c’est quelque chose que l’on entend souvent dans la vie politique. Cela permet de ne pas souffrir de cette déconnexion que l’on peut avoir quand on est au plus haut poste de l’Etat, où finalement on a les administrations, les chiffres, et on se retrouve vite enfermé dans sa bulle, en perdant un peu le contact. 

Dans quelle mesure pensez-vous que votre documentaire et son sujet trouvent écho dans l’actualité ? Et dans l’actualité parlementaire ?

C’est sûr qu’il y a un grand écho. Avec la fronde des régions, des départements, on voit bien qu’il y a un schisme aujourd’hui, des tensions assez fortes entre les territoires et l’exécutif, et je pense que cela est la résultante de beaucoup de choses, de beaucoup de phénomènes. C’est vrai que la fin du cumul des mandats y participe sans doute aussi, mais certainement le fait d’avoir aujourd’hui à la tête du pays un Président qui n’a pas connu cet ancrage local joue en partie dans la difficulté à échanger et à communiquer, et joue en tout cas, symboliquement.

​Au vu des traditions politiques existantes autour de l’enracinement local, y a-t-il une rupture avec le Président Emmanuel Macron, qui peut être perçu comme le “Président des villes” ?

Je ne dirais pas qu’Emmanuel Macron est le « Président des villes ». C’est un peu ce qu’ont sous-entendu certains mais je ne dirais pas « Président des villes » car lui-même vient d’Amiens, qui n’est pas une métropole pour autant. C’est surtout un Président qui n’a pas gravi les échelons du pouvoir un à un, qui n’a pas connu de défaites comme Mitterrand, Chirac, qui eux sont retournés dans leurs fiefs, Emmanuel Macron n’a pas connu ces allers-retours. Ce que l’on veut montrer aussi dans le documentaire, et c’est très important, c’est que le fait d’avoir exercé des responsabilités au niveau local, comme conseiller général ou Maire de petite commune par exemple, cela rend très pragmatique. Il y a quand même une sorte d’apprentissage qui s’exerce et qui est important, et c’est sûr que cette dimension là, Emmanuel Macron ne l’a pas. Alors il a autre chose, et c’est intéressant de voir du coup à côté de quoi on passe lorsque l’on n’est pas passé par là. C’est justement ce à quoi s’intéresse le film, avec des choses plus connues et des choses moins connues sur l’apport de cet ancrage et de ces parcours construits dans la durée.