Les dessous de la mondialisation
“L’éveil au monde en Birmanie” de Julia Montfort, le 26 novembre à 21h30

Le 13 novembre 2015, la parti d’Aung San Suu Kyi remportait la majorité absolue au Parlement. Une large victoire qui marque le début d’une nouvelle ère en Birmanie. Après un demi siècle de dictature et d’isolement, le pays sort pas à pas de l’obscurité. Parmi les secteurs en plein boom, celui des télécommunications entame une profonde transformation du pays.

En 2013, 1% seulement de la population avait accès au web. Depuis la fin de l’embargo économique il y a deux ans, le réseau des télécommunications explose. Deux multinationales qataris et norvégiennes se partagent le marché, démocratisant l’accès au numérique. Autrefois réservées à la junte et vendues à prix d’or au marché noir, les puces téléphoniques coûtent aujourd’hui moins de 2 euros. La moitié des 51 millions de birmans devrait être connectée d’ici deux ans.

De Rangoon aux régions les plus isolées, la jeunesse se jette à corps perdu dans le virtuel. Grâce à ce nouvel outil, les rappeuses du groupe Y.A.K ont trouvé leur public. Ces artistes engagées pour l’émancipation de la femme multiplient les concerts et osent bousculer une société très conservatrice. A l’ouest du pays, internet cristalise tous les espoirs de survie économique et de visibilité pour les Chin, chrétiens persécutés pour leur religion et isolé du reste du pays. Dans sa petite maison en bamboo, Run et sa famille vivent sans eau ni électricité. Mais depuis quelques mois, l’étudiant recharge son téléphone portable grâce à un panneau solaire installé sur le toit. Les yeux rivés sur son écran, il perfectionne son anglais sur des sites spécialisés et rêve de devenir professeur….

Alors que l’horizon s’ouvre, internet tiendra t’il ses promesses d’accélération de la transition démocratique ou se refermera t’il comme un piège sur la société birmane ?
Malgré le tournant démocratique, la Birmanie n’est pas débarrassée de ses vieux démons. La présence d’une surveillance généralisée encore tenace à de quoi calmer les ardeurs des utilisateurs…
Malgré l’abolition officielle de la censure en 2012, la répression des officiers s’étend aujourd’hui à l’univers du numérique et les condamnations d’internautes pleuvent.

Parmi ceux qui s’exposent sur la toile, défiant l’ombre du Pouvoir, le caricaturiste Maung Maung Fountain. Ses dessins politiques publiés sur le site du quotidien « Irrawaddy » totalisent des dizaines de milliers de clics. A l’époque de la junte, critiquer le pouvoir ou la religion était considéré comme une atteinte à la sureté de l’état. Parmi les 10 000 anciens prisonniers politiques du pays, plusieurs de ses compagnons ont payé le prix fort. A la rédaction de son journal, la parole se libère mais les journalistes avouent s’auto-censurer. Plusieurs lois liberticides et ambiguës maintiennent encore la pression sur la presse. Impensable de dévoiler des secrets d’Etat, d’évoquer la politique étrangère ou les crimes de la junte. Dans cette démocratie disciplinée, les paradoxes sont encore nombreux.

Le contrôle des échanges sur le net laisse se propager de discours de haine à l’encontre des minorités comme les Rohingyas. Des violences inter-ethniques qui menacent de faire imploser l’unité du pays mais que le pouvoir laisse se répandre en toute impunité.

Dans cette jeune république encore fragile, le chemin vers l’internet libre semble long. Les regards sont désormais tournés vers le parti de la Lady et sa promesse d’établir une nouvelle constitution. Elle seule garantirait une gouvernance civile totale.

Réalisation : Julia Montfort 
PUBLIC SENAT &  WILD ANGLE PRODUCTIONS

A l’heure de la globalisation, cette série documentaire vise à éveiller les consciences des citoyens sur les dessous de fabrication des produits et services de grande consommation. Des enquêtes inédites sur les dessous de la mondialisation avec les enjeux, mais aussi les conséquences sanitaires économiques et environnementales, des produits que nous consommons : crevettes en Equateur, fleurs en Ethiopie, call center en Inde…

Le samedi à 21h30