Gilles Simeoni l'a dit sur publicsenat.fr

13 mai 2020

Gilles Simeoni, Président du Conseil exécutif de Corse, l'a dit sur publicsenat.fr

Propos recueillis par Oriane Mancini

Mercredi 13 mai 2020

 

VOIR L'INTERVIEW EN INTÉGRALITÉ

 

Sur la situation sanitaire en Corse :

« Nous sommes passés par des phases très douloureuses avec une mobilisation extraordinaire des personnels soignants qui a permis d’endiguer l’épidémie.

Les derniers résultats sont plutôt rassurants mais il y a encore des décès.

L’épidémie semble contenue mais il faut rester vigilant car rien n’est gagné. C’est le strict respect du confinement par les Corses qui a permis ce résultat. »

 

Sur la généralisation des tests :

« Aujourd’hui, le nombre de tests disponibles augmente. Le conseil exécutif et l’Assemblée de Corse se sont prononcés pour une politique de massification des tests et nous espérons que cette demande sera entendue par le gouvernement.

Si l’on arrive à tester toute la population, cela nous permettra d’accélérer notre politique de relance de l’activité économique et de retour à la vie normale. »

 

Sur le passeport sanitaire :

« Ce "green pass" s’inscrit dans une vision globale de la gestion à la fois sanitaire et économique des semaines à venir.

La Corse est le territoire qui a la plus grosse variation saisonnière de population et l’on sait qu’un tel brassage de population est un facteur de risque majeur. De plus, nos capacités hospitalières sont très limitées.

Partant de ce constat, on ne peut pas être dans une logique de flux importants et non régulés cet été. La Corse a aussi besoin impérativement de l’apport de la saison touristique.

Il faut donc trouver un équilibre entre exigence sanitaire et exigence économique. Ce dispositif permettrait de demander un test négatif à l’ensemble des personnes qui viennent en Corse.

Ce serait à la fois un élément de sécurisation sanitaire mais aussi d’attractivité touristique puisque c’est la priorité des Français que de partir en toute sécurité en matière sanitaire.

Je constate que cette proposition est mise en application dans certaines régions ou certains pays du monde. »

 

Les modalités d’application :

« Ce n’est pas une mesure qui vise les touristes. C’est une mesure qui vise à répondre à un flux important de population de manière générale.

L’option de la quarantaine serait ruineuse pour la Corse. Les gens qui viendraient passer quelques jours en vacances ne vont pas en passer 14 en quatorzaine !

Notre idée c’est d’intégrer ce dispositif dans une chaîne de sécurisation, de créer un véritable choc de confiance pour rassurer les gens.

Si le dispositif est validé par le gouvernement, la personne qui vient en Corse saura qu’elle est elle-même négative et que toutes les autres personnes le seront aussi. C’est une sécurisation globale qui permet aux gens de venir passer leurs vacances dans d’excellentes conditions. »

 

La fiabilité sur le plan sanitaire :

« Nous savons que les tests comportent 30% de faux négatif mais c’est intégré dans la construction du modèle global.

L’idée n’est pas d’interdire à toute personne éventuellement porteuse du virus de rentrer en Corse. L’idée c’est de permettre un flux d’arrivées avec un nombre de personnes porteuses du virus compatible avec nos capacités hospitalières.

Les tests sont utiles s'ils s’inscrivent dans une vision globale et c’est notre volonté. »

 

Sur la liberté de circulation :

« Beaucoup de mesures qui ont été prises dans le cadre de l’urgence sanitaire, contreviennent à la liberté de circulation mais pour de bonnes raisons.

Jusqu’au 2 juin au moins, un arrêté préfectoral interdit à toute personne d’entrer en Corse ou de la quitter sauf raisons impérieuses. Nous sommes donc actuellement dans un dispositif organisé par un simple arrêté qui est beaucoup plus restrictif pour la liberté individuelle que celui que nous proposons. »

 

Sur les discussions avec le gouvernement :

« J’ai pris acte de la position pragmatique et constructive de Christophe Castaner. Le gouvernement fait le constat avec nous qu’une gestion non régulée n’est pas possible et serait dangereuse pour tout le monde.

À partir de-là, il faut un dispositif et nous sommes ouverts à toute autre proposition efficace.

Nous avons besoin de cette activité touristique et j’attends les éventuelles contre-propositions que pourrait faire le gouvernement.

L’inconvénient majeur que l’on a opposé à l’idée du "green pass" c’est celui de l’existence d’un pourcentage de faux négatifs.

Nous y avons répondu de manière claire et s’il y a d’autres arguments, il faut nous le dire. C’est peut-être que l’on craint le coût de cette mesure mais il y aura un retour sur investissement.

Le fait d’intégrer l’existence du Covid dans la construction de la chaîne de transport et d’accueil avec toutes les garanties, cela participera à faire de la Corse une destination de confiance et d’excellence. (...)

La proposition de quarantaine du gouvernement est inefficace sur le plan sanitaire et ruineux sur le plan économique. »

 

Une mesure qui divise :

« Ce que je dis c’est que nous ne pouvons pas courir le risque sanitaire lié à un brassage de population non régulé. Si nous organisons un dispositif intelligemment construit et que nous le valorisons pour expliquer aux touristes que c’est une plus-value pour eux, ce sera attractif.»

 

Sur le plan de soutien au tourisme :

 « En France, le tourisme représente autour de 7% du PIB. En Corse, c’est directement 30% mais beaucoup avec les activités qui en dépendent. Indirectement.

Dans une année normale, c’est 2,5 milliards d’euros de recettes. Aujourd’hui, nous avons déjà perdu près de 750 millions de recettes générées par cette activité.

Nous avons donc intérêt à réussir la saison qui s’annonce mais il va falloir aussi des mesures fortes pour compenser ce qui a été perdu et accompagner les entreprises souvent petites.

Tout cet écosystème est menacé en termes de survie et il faut un plan spécifique parce que nous sommes une île dont les transports et l’économie générale dépendent de l’activité touristique.

Le principe a été acté et il reste à construire ce dispositif sur le plan des aides directes, de la fiscalité, de l’accompagnement des entreprises et de la refonte générale de l’offre touristique.

(...) »

 

Sur l’après crise :

« La Corse est trop dépendante de facteurs qu’elle ne maîtrise pas. Ce que cette crise induit dans les domaines sanitaires, économiques et sociaux, doit nous conduire à repenser notre système global.

Dans le domaine sanitaire, les coupes dans les services publics ont impacté le système hospitalier. Nous devons donc repenser et améliorer notre système de santé publique en Corse.

Sur le plan économique, il faut repenser nos modes de consommation pour soutenir notre agriculture de production par exemple, organiser des circuits courts et repenser l’interaction de la Corse avec son environnement global. C’est un travail qui va prendre des années.

Il faut se saisir du traumatisme constitué par cette crise et de ses conséquences pour apporter des réponses fortes et innovantes. »

 

Sur la réouverture des écoles :

« Les lycées et collèges ne rouvriront pas normalement le 18 mai.

Nous avons cherché et trouvé un équilibre entre faire primer l’enjeu sanitaire et l’organisation de ce droit fondamental à l’éducation.

Nous allons mettre en place une commission avec l’ensemble des acteurs pour déterminer d’abord comment renforcer l’offre éducative à destination des enfants en situation de décrochage ou que les parents ne peuvent garder. Ensuite, nous voulons préparer dès juin la rentrée de septembre avec des stages éducatifs, des protocoles sur les gestes barrières et la mise en application complète des protocoles du gouvernement.

Si nous ne préparons pas tout cela dès maintenant, nous risquons d’être démunis en septembre pour la rentrée générale si l’épidémie n’a pas totalement disparu. »

 

Entretien disponible à midi sur publicsenat.fr, Facebook, Twitter et YouTube