Jean-Baptiste Djebbari l'a dit sur publicsenat.fr

21 avril 2020

Jean-Baptiste Djebbari, Secrétaire d'Etat aux Transports, l'a dit sur publicsenat.fr

Propos recueillis par Oriane Mancini

Mardi 21 avril 2020

VOIR L'INTERVIEW EN INTÉGRALITÉ 

 

 

Sur un déconfinement différencié selon les régions :

« Les zones denses soulèvent les questions de lissage des heures de pointe ou de télétravail pour désengorger les transports en commun alors que dans le Limousin par exemple, nous avons des problématiques spécifiques et différentes.

Donc nous allons adapter et beaucoup se concerter avec les associations d’élus notamment. Cela va être un travail intense de concertation des élus, des syndicats et des grandes entreprises.

Les règles ne peuvent aussi pas être les mêmes pour un avion ou un métro. C’est un travail concerté avec ceux qui sont en première ligne et c’est un défi collectif. »

 

Sur les transports en commun :

« Le maître mot dans les transports en commun c’est la confiance. J’ai beaucoup échangé avec les pays du sud-est asiatique pour comprendre leurs méthodes.

La remontée progressive de l’offre de transports en commun nécessite deux choses. Il faut d’abord améliorer assez drastiquement les procédures de nettoyage, de désinfection et de ventilation. Ce travail est en cours et j’ai demandé beaucoup d’efforts aux entreprises publiques sur ce sujet.

Et puis, cette remontée nécessite aussi d’organiser l’ensemble des gestes barrières. Le masque est un des outils avec le gel hydroalcoolique mais il y a aussi des outils de régulations de trafic par exemple. Avec la SNCF, on a ainsi bloqué les réservations voilà quelques semaines pour ne jamais avoir plus d’un siège sur 2 occupé.

C’est sur l’ensemble de ces mesures que nous travaillons et pas seulement sur le sujet du masque même si c’est un sujet important.

Après le 11 mai, on peut envisager de réguler le nombre de personnes dans les trains via les réservations. C’est une hypothèse. »

 

Sur le port du masque:

« Il y a des besoins différenciés selon les régions. Nous apporterons les réponses les plus claires à l’issue de la concertation en cours avec les élus.

Dans la rue, beaucoup de personnes portent déjà des masques. L’État de son côté a augmenté les importations et développé la production en France. Aujourd’hui, nous produisons 8 millions de masques grand public par semaine et ce sera bientôt 12 ou 13 millions. Les Français auront donc à disposition des masques. »

 

Sur Air France :

« Aujourd’hui, les taux moyens de remplissage sont entre 35 et 40% ce qui garantit les règles de sécurité sanitaire. Il y a eu 2 vols avec une forte affluence. J’ai demandé à Air France de communiquer sur ce qu’ils ont fait. Ils ont pris des mesures pour ne plus voir ce genre de dysfonctionnement. Ces images ne sont pas bonnes ni sur le plan sanitaire, ni sur le plan de la confiance.

Les avions sont nettoyés avant chaque vol et l’air est renouvelé toutes les 3min avec des filtres haute performance. Donc, l’avion est en soi un environnement très contrôlé sur le plan sanitaire.»

 

Sur la reprise du trafic aérien :

« Il faut se coordonner avec nos voisins européens. Aujourd’hui, il n’y a que 2% du trafic avec une vingtaine de vols assurée par Air France. La remonté du trafic sera progressive et nécessitera d’harmoniser les pratiques au niveau européen en terme de protections sanitaires et de calendrier.

C’est ce travail de concertation qui est en cours avec des questions très pratiques. Quelles sont les bonnes procédures de nettoyage, de remplissage… Comment on fait la queue dans les aéroports ? Quelles zones d’attente pour les passagers ? Comment on prend en charge les passagers qui rentrent de l’étranger ?

Ce sont des questions extrêmement pratiques et pour que ce soit efficace, il faut que ce soit décidé au niveau national mais coordonné au niveau européen.

Dans le cas contraire, nous aurons des difficultés à assurer la sécurité sanitaire et à assurer cette reprise ordonnée du trafic aérien. » 

 

Sur la réouverture de l’aéroport d’Orly :

« Il a fermé le 31 mars au vu de la chute de trafic qui est aujourd’hui à 2%. Sa réouverture est conditionnée à la reprise des vols. Cela va faire l’objet de discussions avec les compagnies aériennes, les gestionnaires d’ADP et dès l’augmentation du trafic, nous communiquerons précisément sur le sujet.

Il n’est pas garantie qu’il soit ouvert dès le 11 mai. Nous allons rouvrir les infrastructures aéroportuaires en fonction des besoins réels et aujourd’hui le besoin est très modeste. »

 

Sur les transports urbains :

«Pour lisser les heures de pointe, il y a 2 solutions. Le recours au télétravail et l’organisation différente des créneaux d’embauche et de débauche.

Le Premier ministre a été clair sur le télétravail. Après le 11 mai, il faudra quand cela est possible, qu’il se poursuive pour éviter trop d’affluence dans les transports.

Sur l’organisation des heures de travail, nous allons demander aux entreprises d’organiser l’arrivée et le départ de leurs salariés de manière à lisser la demande de transports. »

 

Sur l’impact économique :

« Pour le secteur des transports, il y a des dispositifs particuliers.

Dans l’aérien, le trafic a baissé de 98% donc vous imaginez les pertes financières quotidiennes. Le transport aérien a un caractère stratégique et je pense notamment aux transports de marchandises et évidement il doit être soutenu.

Air France-KLM dont l’État est actionnaire, doit être soutenu pour passer la crise mais aussi pour envisager l’avenir. Et l’avenir du transport aérien est encore incertain.

L’État va soutenir la compagnie tout comme l’État néerlandais. Une loi a été voté au Parlement qui permet d’apporter aux entreprises stratégiques dans lesquelles l’État a des participations, un volume de 20 milliards d’euros.

S’agissant de la SNCF, la crise a un impact considérable sur la trajectoire financière. J’ai demandé à sa direction de me faire un point précis d’ici quelques semaines et ainsi que sur le calendrier des travaux. »

 

Sur les vacances d’été :

« Il paraît aujourd’hui hasardeux de réserver des vacances ou des voyages très loin cet été. On a tous envie de partir en vacances mais beaucoup d’incertitudes demeurent comme sur l’hypothèse d’une seconde vague ou sur le déconfinement progressif.

C’est un message de raison et de patience.

Mon travail c’est de prendre les sujets un par un et d’essayer d’apporter les réponses concrètes de manière à ce que les Français qui en ont besoin puissent se déplacer en toute sécurité.»