Aurélien Pradié l'a dit sur publicsenat.fr

10 avril 2020

Aurélien Pradié, député LR du Lot

Propos recueillis par Oriane Mancini

Vendredi 10 avril 2020

VOIR L'INTERVIEW EN INTÉGRALITÉ

 

Sur la rencontre Macron-Raoult :

« C’est sûrement son rôle que d’aller voir ce qui peut fonctionner. C’est son rôle d’accepter potentiellement une prise de risque pour le bien de ses concitoyens. Je me demande simplement si c’est son rôle d’aller se promener à Marseille. Depuis le début de la crise, j’ai évité tout esprit de polémique mais je me lasse un peu de voir toutes les 48h un nouveau déplacement du Président, un nouveau déguisement. Ce n’est pas tout à fait le moment. La communication dans une période comme celle-ci, est importante mais secondaire. Pas de communication politique ! J’espère qu’hier ce n’était pas seulement un acte de communication politique mais bien un acte politique. Ça fait 15 jours que je vois le Président de la République se déguiser. Il se déplace parfois au mépris des règles sanitaires. On passe notre temps à dire à nos concitoyens de rester chez eux et de ne pas faire d’attroupements et donc ça m’agace de voir le Président céder à des tentations de communication. Quand on le voit dans un hôpital faire semblant de se faire applaudir, quand on le voit dans un quartier de la banlieue parisienne faire des selfies, je suis désolé mais si l’on est en guerre on ne fait pas de selfies. Il faut que nous soyons tous à la hauteur. »

 Sur l'allocution d’Emmanuel Macron :

« J’attends que le Président fixe le cap. Je n’aurai aucune critique politicienne à son égard parce que ce n’est pas le moment mais j’attends qu’il fixe un cap clair. Le confinement doit par exemple durer aussi longtemps que nécessaire et il est temps de le dire quitte à fixer clairement une date. Les Français y sont prêts. L’incertitude c’est ce qu’il y a de pire. J’attends des réponses claires sur la question du port des masques, de la généralisation des tests. Autant de questions qui ne méritent pas des opérations de communication mais des réponses concrètes. Est-ce que oui ou non notre pays va généraliser le port du masque ? Est-ce que oui ou non, nous allons franchir une étape supérieure dans les tests comme d’autres pays ? Le temps du blabla politique doit être pour une autre fois. J’attends lundi que sa parole soit claire, précise et que ce ne soit pas de la dentelle. »

 Sur le port du masque :

« La situation actuelle démontre la faillite de l’État. Pourquoi les maires prennent ce genre d’initiative comme celle d’imposer les masques ? C’est parce qu’ils sont au contact du terrain et qu’ils n’ont pas l’habitude de rester spectateur. Pourquoi les collectivités commandent des masques qui sont réquisitionnés ensuite par les Préfets ? C’est là encore parce que l’État a failli sur ses missions. Si les collectivités lancent des initiatives sur le port du masque notamment c’est bien parce que l’État tourne autour du pot, refuse de prendre une décision. C’est la démonstration que les collectivités prennent la place que l’État n’a pas su prendre. J’invite le ministre de l’Intérieur, avant de faire la leçon aux collectivités, à assumer son rôle de ministre. Que l’État fixe le cap sur les masques ! J’ajoute que pour moi le port du masque ne peut faire de mal à personne. Ce doit être un principe de précaution. Si les collectivités font bien, qu’on les laisse faire. »

Sur la géolocalisation :

« Je m’y oppose pour une question de principe. Ça peut faire vieux con mais c’est essentiel. La liberté individuelle c’est un grand principe républicain. J’attends des responsables politiques, des députés, qu’ils ne faiblissent pas dans cette période. Pour moi cette porte ouverte vers le pistage numérique de nos concitoyens, fait partie des principes auxquels je ne souhaite pas déroger. Par ailleurs, je ne comprends pas à quoi ça sert. Le vrai sujet, c’est le port du masque et la généralisation des tests. Une fois que l’on aura traité ces 2 questions fondamentales on pourra parler de ce gadget numérique. Cette position est aujourd’hui largement partagée au sein des LR. Je ne sais pas s’il y aura une position de groupe à l’Assemblée mais je pense que le débat sera très ouvert. »

Sur le déconfinement :

« Je suis tenté de faire confiance à ceux qui pilotent. Je me lasse des débats inutiles. En commission, on discute de tout depuis une semaine et parfois j’ai un peu le sentiment que c’est pour amuser la galerie. Moi je voudrais que l’on nous dise clairement les choses. On a le sentiment que le cap n’est pas très précis. Une fois que l’on saura précisément où ils veulent conduire le pays, alors nous dirons ce que nous en pensons. On ne peut pas laisser cette période d’incertitude aussi vaste. »

Sur la commission d’enquête :

« Pour l’instant, nous participons à la mission d’information et l’heure n’est pas à la polémique. Il faut respecter ceux qui sont engagés au quotidien en ne créant pas des polémiques inutiles durant cette période. Il n’empêche qu’il faut tirer tous les enseignements de cette crise et la mission d’information telle qu’elle est organisée aujourd’hui, est plus une mise en scène du gouvernement qu’une réponse aux questions des parlementaires. Si cette mission ne suffit pas, il faudra que les LR utilisent tous les outils en leur possession pour faire la lumière sur tous les sujets. On ne s’endormira pas après la crise. Il faudra tirer tous les enseignements. »

Sur les municipales :

« Que le gouvernement arrête de nous prendre pour des idiots. Ce serait bien la première fois qu’Emmanuel Macron aurait écouté l’opposition. C’est sa décision. J’ai assisté à la première réunion à Matignon et le Premier ministre a été très clair sur leur maintien. Alors que l’on n’accuse pas les oppositions. Sur le second tour, je dis au gouvernement et au Président attention ! Je veux bien que les questions sanitaires priment sur ce sujet mais pas d’entourloupes. Dès la rentrée d’octobre nous devons pouvoir tenir le second tour des élections municipales. Qu’on nous bidouille pas un machin en mars avec les départementales et régionales, qui arrangerait politiquement le pouvoir. Il ne faut pas tenter de profiter politiquement de cette situation.

Sur la crise économique :

« Je ne suis pas obsédé par les chiffres budgétaires mais j’y suis attentif. Je ne considère pas que l’on puisse passer l’ardoise magique et tout effacer. La dette publique c’est le risque de voir sa souveraineté et son indépendance affaiblies. C’est un sujet majeur. Je ne crois pas en l’effacement des dettes sans changements radicaux. Il faut remettre la politique au cœur de tout et savoir ce que l’on veut faire pour notre pays. Par exemple, si nous disons demain qu’il y a des secteurs stratégiques pour notre Nation comme la santé ou l’éducation, alors on doit leur consacrer de la dépense publique. On ne parlera plus de dépense mais d’investissement public. Tant que l’on n’aura pas fait notre révolution, ce ne sera pas la peine de modifier les outils. Il faut réinterroger notre modèle. Est-ce qu’il fonctionne ? Non. Est-ce qu’il est arrivé à bout de souffle sur bien des sujets ? Oui. Je dis que l’on ne peut pas subir cette crise et repartir ensuite comme avant. Il faut modifier notre modèle social et économique. »

Sur les enjeux de l’après crise :

« Il y a un vrai chemin pour la droite républicaine. Le gaullisme c’est l’audace. C’est l’idée que la France doit être indépendante sur les sujets stratégiques. C’est l’idée que l’économie ne fait pas tout. Elle est essentielle et vitale mais on ne doit pas être commandé par le capitalisme financier. Je pense qu’il faut réenraciner la droite, que nous en revenions à nos fondamentaux. C’est l’opportunité pour la droite républicaine de redevenir ce grand mouvement populaire, ce grand mouvement réformateur, ce grand mouvement audacieux. Le mouvement d’Emmanuel Macron c’est tout l’inverse. C’est l’incarnation de la bureaucratie, de la technostructure, des experts et de la fin du politique. Au contraire, l’époque à venir sera celle du retour du politique. »

 

 

Tous les jours pendant la période de confinement, Oriane Mancini interroge un invité politique

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