Hervé Marseille l'a dit sur publicsenat.fr

7 avril 2020

Hervé Marseille, Sénateur des Hauts-de-Seine, Président du groupe UC au Sénat

Propos recueillis par Oriane Mancini

Mardi 7 avril 2020

 

VOIR L'INTERVIEW EN INTÉGRALITÉ

 

Sur la situation sanitaire :

« Tout le monde a conscience de la gravité de la situation. Le virus touche tout le monde. Les dirigeants comme tout autre citoyen. On ne peut d’ailleurs que souhaiter un bon rétablissement au Premier ministre britannique et j’espère qu’il va retrouver l’ensemble de ses facultés. »

Sur la situation dans les Hauts-de-Seine :

« Notre département est évidemment affecté comme l’ensemble des départements de France. Il y a 2000 cas recensés et les EHPAD paient un lourd tribut. Nous en avons 108 sur notre territoire et l’on compte près de 200 décès dans nos établissements. Le personnel médical fait un travail admirable et il faut vraiment que le confinement soit respecté. »

Sur les mesures sanitaires :

« Il est évident qu’il y a eu beaucoup d’hésitations et de cacophonie au début de cette épidémie et on peut le regretter.
Aujourd’hui encore, on manque de masques, de blouses, de gel, de tests... Et l’action des soignants est d’autant plus admirable dans ces conditions. C’est d’ailleurs très bien de les saluer chaque soir à nos balcons.

Il y a un léger mieux en matière d’approvisionnement en matériel mais il a fallu se battre pour que les collectivités puissent passer commande par exemple. Un des premiers enseignements, c’est que nous avons besoin de reconstruire une forme de souveraineté sanitaire et médicale alors que la plupart de ces produits sont aujourd’hui fabriqués en Asie. 60 à 65% du paracétamol est ainsi produit en Asie. L’Allemagne a par exemple une politique plus efficace avec un vrai tissu industriel.

Aujourd’hui on voit bien que durant le quinquennat Hollande la politique de Marisol Touraine n’a pas été assez protectrice. »


Sur le port du masque :

« Ce n’est pas vraiment un changement de doctrine. C’est surtout que nous allons avoir plus de masques et donc, sans être docteur en médecine, on peut dire qu’il est préférable de les porter.

On se souvient des élucubrations de la porte-parole du gouvernement qui expliquait que ces masques n’étaient pas utiles. Je ne sais pas s'il faut parler d’obligation mais en tout cas il faut vivement l’encourager et notamment au moment du déconfinement encore faut-il qu’il y en ait en nombre suffisant. Aujourd’hui encore, certains hôpitaux, cliniques et les personnels exposés manquent toujours de masques. »


Sur Édouard Philippe :

« Sa place n’est pas facile. Il doit combattre le virus et en même temps il fait preuve de transparence. C’est très difficile. Au début de la crise, on a reproché beaucoup d’ambiguïté dans la parole gouvernementale.

Aujourd’hui, il faut maintenir le confinement et réfléchir à sa fin mais cela prendra du temps et il faudra que nous ayons un débat au Parlement sur ce sujet.
Ceci dit avant de parler déconfinement, il faudrait déjà que nous ayons des tests efficaces comme les tests sérologiques en grand nombre. Il faudra examiner les conditions région par région et probablement par classe d’âge. »


Sur la Géolocalisation des malades :

« On fait déjà beaucoup d’efforts en matière de libertés au nom de notre santé. Qui aurait pu penser qu’il faudrait un papier pour se déplacer en 2020 ? Mais comme dans beaucoup d’autres pays, ce que l’on appelle le tracking est une solution qui permet de favoriser le déconfinement avec une gestion fine de cette sortie de crise. Ce doit rester quelque chose de temporaire et d’encadré. Il faut des textes pour cela. Ce sont nos libertés fondamentales et l’on ne peut pas les mettre entre les mains de n’importe qui. »

Sur la rencontre Macron-Larcher :

« Le Président du Sénat est en lien quasi-permanent avec les présidents de groupes parlementaires et c’est important. C’est une bonne chose que l’Élysée s’entretienne avec le Président du Sénat. Ils ont notamment parlé de la sortie de crise et du calendrier politique et je pense que beaucoup de dossiers comme la réforme des retraites n’ont pas nécessairement vocation à réapparaître prochainement et c’est tant mieux. Je ne sais pas si c’est acté mais ce qui est sûr, c’est que la sortie de crise se fera progressivement et il est évident qu’avec la situation économique et sociale, les premières décisions attendues seront de savoir comment nous rétablirons notre économie.

Sur la relance de l’économie :

« Des milliers d’entreprises vont devoir fermer et une forte baisse du pouvoir d’achat est à craindre. On parle de 5 à 10% de PIB. Ce pourrait être la plus forte crise depuis 1929 comme le dit Bruno Le Maire.

Il faudra des débats au Parlement pour imaginer les investissements massifs à faire avec notamment une politique de grands travaux par exemple. Il faudra injecter de l’argent pour soutenir l’investissement et garantir les emprunts. Il faudra également une véritable politique européenne beaucoup plus solidaire et avec un effort financier considérable. »

 

Tous les jours pendant la période de confinement, Oriane Mancini interroge un invité politique

Entretien disponible à midi sur publicsenat.fr, Facebook, Twitter et Youtube

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