Laurent Berger l'a dit sur publicsenat.fr

20 avril 2020

Laurent Berger, Secrétaire Général de la CFDT, l'a dit sur publicsenat.fr

Propos recueillis par Oriane Mancini

Lundi 20 avril 2020

Sur le point presse d’Édouard Philippe :

« Moi je n’aime pas polémiquer. Il faut que l’on soit tous très humbles. Je ne critiquerai pas un Premier ministre qui vient expliquer aux Français où on en est. Bien sûr, il y a encore des questions sans réponse mais je ne veux pas porter de jugement de valeur sur ce point presse. Il y a encore beaucoup d’incertitudes comme sur l’école ou le matériel médical mais qui sont liées à cette situation compliquée.


Moi je préfère ça, que l’on nous dise que l’on ne sait pas tout plutôt que nous faire croire des choses qui se révéleraient fausses. »

 

Sur les visites dans les EHPAD :

« C’est une bonne chose sur le plan humain. Tous ces aînés qui sont partis sans avoir pu voir ceux qu’ils aiment, c’est une épreuve terrible.
Par contre, ces visites doivent se faire en toute sécurité pour les agents. Dans les EHPAD, la situation est difficile depuis longtemps et nous avons fait de nombreux rassemblements devant le ministère du Travail pour expliquer l’absence de moyens et de considération.
Demain, cette visite des familles doit se faire dans des conditions optimales pour les personnels et pour nos anciens. »

 

Sur le retour à l’école :

« Là encore, cela doit se passer dans des conditions de sécurité et de santé. Il faut que ce soit fait en concertation avec les agents territoriaux, avec les enseignants, avec l’ensemble des personnels qui interviennent dans les écoles.
(...) On se rend bien compte que les enseignants sont indispensables pour transmettre des connaissances et créer du lien social mais encore une fois, il faut des conditions optimales.


Évidemment c’est important aussi pour reprendre une activité économique que les enfants reprennent le chemin de l’école mais on a bien vu que cela se fera de manière très progressive.
Sécurisons école par école, établissement par établissement mais pas avec des injonctions venant d’en haut.
Cette crise illustre toutes les inégalités que connaît notre société et en particulier celles liées à l’accès à l’apprentissage. Bien sûr, ce retour à l’école est indispensable mais cela ne se fera pas sans des conditions de sécurité pour les personnels et enfants et en dialoguant. »

 

Sur le droit de retrait :

« À chaque fois qu’il y aura un doute, il ne faut pas rouvrir. Si cela se fait de façon verticale sans dialogue social dans les administrations comme dans le privé, alors l’exercice du droit de retrait existe.


Il faut être intelligent avant et faire en sorte que par des accords, par des règles claires et des moyens de protection, les conditions de reprise soient bonnes.
Si ce n’est pas le 11 mai ce sera plus tard et il faut regarder établissement par établissement, entreprise par entreprise. »

 

Sur la géolocalisation :

« À titre personnel, je suis très réservé. Notre pays doit faire vivre sa devise. La question de l’égalité comme de la fraternité est très posée aujourd’hui. Sur les libertés, il faut faire attention de ne pas aller sur des voies qui seraient renoncer à des formes de liberté.
Si ce traçage devait se faire, il faudrait que ce le soit avec un opérateur qui soit totalement sous maîtrise publique, avec un effacement des données personnelles rapide et avec un contrôle démocratique (...) » 

 

Sur le déconfinement :

« Nous avons des discussions avec la ministre du Travail et de l’Économie. Aujourd’hui, nous sommes dans une situation d’attente et de craintes de la part des citoyens et des travailleurs.

Aucun plan de déconfinement ou de reprise d’activité ne peut se faire sans que l’on puisse confronter nos points de vue.

J’espère que l’on va pouvoir dire nos visions, nos revendications et nos propositions pour faire face à ce déconfinement dans les jours à venir. »

 

Sur un protocole de reprise :

« Sur la reprise du travail dans les administrations comme dans le privé, on souhaite qu’il y ait des négociations de protocole de reprise d’activité.
Il faut s’interroger sur la façon dont on peut reprendre en terme de protection individuelle et collective, en terme d’organisation du travail. Il faut rassurer et faire en sorte que les conditions de santé soient optimales. (...)
Pour nous, les organisations syndicales et patronales doivent d’abord arriver à se mettre d’accord sur une sorte de check list des questions à se poser dans chaque lieu de travail.


Ensuite, chacune des branches devra faire ce travail et aussi que ce protocole soit discuté dans chaque entreprise. Si on ne fait pas ça, ça ne marchera pas.
Prenons ce temps pour discuter et négocier les conditions de reprise. Si ça se fait dans le dialogue, il y a un accord qui peut s’opérer. Si ça se fait de façon unilatérale, on aura des craintes, des résistances et je crois beaucoup de conflits. »

 

Sur les conditions de reprise :

« La question des moyens de protection est centrale. On ne peut pas faire l’impasse sur cette question.
Nos représentants font un travail énorme depuis plusieurs semaines. On a ouvert une boîte aux questions qui a plus d’1 million de vues. (...)
On va continuer ce recensement des difficultés mais aussi des choses positives et continuer à interpeller les entreprises concernées et les pouvoirs publics.
C’est notre travail syndical. Nos 2 grands axes ce sont les conditions de sécurité et l’abus du chômage partiel. Quand il y a un cas, on interpelle le ministère et on lui demande de réagir. »

 

Sur le plan de soutien :

« Il ne faut pas repartir comme avant. Il faut un plan de relance avec de grands principes. Quel modèle on veut pour demain ?
Moi je pense qu’il faut des états généraux du pouvoir de vivre. Il faut se poser la question des grands principes qui doivent dicter nos politiques publiques.
Le plan de relance devra être économique mais aussi écologique et intégrer de la justice sociale.


Prenons ce temps pour fixer ces principes et confronter nos points de vue au niveau national et local. Il faut une sorte de commissariat général au plan pour savoir comment on va mettre en place ce nouveau modèle de développement.


Parmi les premières mesures, on ne peut pas revenir à une logique purement budgétaire mais il faut redonner du sens.
J’ai peur que l’on reparte comme avant  ou que l’on fonctionne à coup de slogans. Je plaide pour un changement radical dans la démocratie et par le dialogue.
Il faut se fixer de nouvelles règles et de nouveaux indicateurs pour définir ce qu’est le progrès. »

 

VOIR L'INTERVIEW EN INTÉGRALITÉ

 

Sur "Travailler plus" :

« C’est clairement le type de vieilles lunes qui reviennent et qui n’ont pas de sens dans cette période.


Moi ce qui me préoccupe ce n’est pas que l’on travaille plus mais que l’on travaille tous. Dans les entreprises, il y aura des accords pour permettre le maintien de l’activité et des emplois mais revenir sur la durée légale du travail, on n’attend pas ça.
On attend de savoir comment on recrée du commun. »

 

Sur la réforme des retraites :

« La CFDT continuera à dire qu’il faut un système universel des retraites parce que c’est une question de justice sociale.
Dans les mois à venir, ce ne sera pas le sujet parce que ça divise et qu’il faudra d’abord définir ensemble le modèle à venir.
Ce n’est pas la peine de remettre de l’huile sur le feu. On ne renonce pas à cette ambition mais ce n’est pas d’actualité et sans doute pas d’ici la fin du quinquennat. »

 

 

Tous les jours pendant la période de confinement, Oriane Mancini interroge un invité politique

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